Krodha, Angers, interview, La Légion Underground webzine
Krodha, Angers, interview, La Légion Underground webzine
Krodha, Angers, interview, La Légion Underground webzine

Entretien: Hugo (guitare/chant) et Chris (basse)

Par Vanessa

1/ Bonjour, pouvez-vous nous faire une présentation de Krōdha et donner la signification du nom du groupe ?
Salut ! Et bien, jusqu'à très récemment le groupe était composé de Chris à la basse, Édouard à la batterie, Hugo à la guitare et au chant, et Thibaud à la guitare. Pour diverses raisons, Édouard a décidé il y a un peu plus de trois mois de quitter le projet alors que nous allions débuter notre première tournée dans l’Ouest, ce qui a rapproché le départ de Thibaud, qui était censé arriver à la fin de cette tournée. 
Nous nous sommes donc retrouvés tous les deux avec Chris, et nous sommes mis en quête de nouvelles têtes avec qui continuer le projet (que l'on a peut-être trouvées) tout en continuant à composer le deuxième album du groupe, qui compte déjà 6 titres finis.
Krōdha signifie "colère" en hindi et en népalais, c'est un terme très présent dans la religion hindouiste, qui décrit six ennemis spirituels de l’Homme, dont la colère. C'est un nom riche de sens pour nous, parce qu'au-delà de cette référence à l'hindouisme, c'est aussi un sentiment qui nous habitait à la création du groupe, et qui nous habite toujours, vis-à-vis de l'époque dans laquelle on vit et des problématiques qui y sont liées.

2/ Vous êtes tombé à quel âge dans la marmite du metal et quel a été le déclic qui vous a fait dire "moi aussi je veux faire ça" ? Quelles sont vos principales influences ?
Hugo : Personnellement, j'ai été éduqué dans une sphère très rock de par les écoutes de mon père, allant des Red Hot Chili Peppers à Rage Against The Machine et Metallica, et comme j'ai fait de la musique dès 8 ans, j'ai pas mal creusé tous les sous-genres et les styles voisins, pour arriver entre autres au metal ou au hardcore, vers 13 ans, et je continue aujourd’hui d'explorer les musiques extrêmes tout autant que des styles comme le jazz, la musique traditionnelle, le classique, ou les musiques plus synthétiques comme l’electro ou l’ambient.

En ayant commencé la musique tôt, j'ai eu l'occasion de jouer dans plusieurs groupes aux styles à la fois différents et assez proches, et j'ai très vite aimé le live et le partage que la musique crée, mais je pense que les groupes qui m'ont poussé à construire des projets concrets et ambitieux tout au long de mon expérience musicale, et donc y compris avant Krōdha, peuvent être Gojira, Birds In Row, The Dillinger Escape Plan, Hypno5e ou Tool, tant en termes de création artistique que de mentalité, pour ne citer qu’eux.
Chris : J’ai découvert le metal seul, sans même passer par le rock en général, à 11 ans un ami m’a fait découvrir System Of A Down et tout est parti de là… A 15 ans j’ai commencé la basse, c’est l’instrument qui me paraissait le plus accessible pour jouer du metal, même si j’avais de bonnes bases en musique étant donné que j’ai fait du saxophone pendant 2 ans et du chant depuis mes 8 ans. Je ne me voyais pas apprendre la guitare ou la batterie, ça me paraissait trop compliqué. 

J’étais fasciné par l’énergie des concerts de metal et c’est ce qui m’a vraiment poussé à vouloir en jouer sérieusement, et, logiquement, j’ai rejoint mon premier groupe à 16 ans.
Mes influences sont très variées, quasiment tous les sous-genres de metal m’ont influencé et maintenant j’en écoute même assez peu, je me tourne plus vers le rap, l’électro, ou encore le math-
rock… Mais pour citer quelques noms, mes grosses références en metal sont Mayhem, Gojira, Tool, SOAD, Taake, ou Death.

3/ Quel regard portez-vous sur la scène angevine ? On dit souvent qu’une fois sorti de Paris c’est souvent mort, est-ce le cas par chez vous ?
Hugo : On a la chance de vivre dans une ville très vivante sur le plan artistique, les gens ont peu de moyens et d'infrastructures mais il y a une vraie scène musicale qui se crée et se nourrit grâce à des acteurs très investis, dans le metal comme dans d'autres styles, que ce soit les groupes, les lieux ou les assos.
Dans les musiques extrêmes et alternatives on a par exemple des pointures comme Arcania, Ende, Nine Eleven (qui sont plus tout à fait sur Angers, il me semble) ou One-Way Mirror, mais aussi des groupes moins connus et plus jeunes comme Cosmos, Beastly ou Grand Master Krang, qui commence tout juste à jouer.
Dans le metal y a juste une certaine redondance des groupes qui jouent, sûrement dûe à une insuffisance de prise de risque de la part des orgas, elle-même peut-être causée par un manque d'ouverture de la part du public. On se lasse assez vite quand les mêmes groupes jouent dans les mêmes lieux. Mais je pense qu’il y a énormément de choses qui se passent en-dehors de Paris, et c'est souvent les trucs les plus intéressants, comme les groupes français cités dans mes influences, par exemple.

Chris : Paris est un énorme nid d’artistes et un centre culturel, c’est indéniable, mais penser que c’est mort en dehors de Paris, c’est juste une attitude de parisien. Quand on sort son esprit de la capitale on se rend compte qu’il y a beaucoup de choses à découvrir, et je pense en général qu’il y a toujours plus ailleurs que chez nous…
J’aime bien la scène angevine, c’est là où j’ai découvert le metal underground, alors je ne peux pas nier ce qu’elle m’a apporté, je pense que j’ai aussi presque toujours pris beaucoup de plaisir à jouer à Angers, parce que c’est une vraie scène de passionnés. Après, je ne sais pas si c’est parce que je grandis, mais je trouve qu’elle perd en effervescence et en notoriété (du moins, la scène metal). Mais bon, les gens motivés pour faire vivre la musique à Angers se bougent toujours autant alors je ne m’inquiète pas pour l’avenir de la scène musicale angevine.
Pour finir, il faut prendre conscience que c’est à tout le monde de faire vivre la scène locale : les orgas, les groupes, les bars, et les participants. Il n’y a pas de "lieux morts", seulement des gens qui n’ont pas envie de créer ou faire vivre une scène.

4/ Vous avez sorti le 23 février votre premier album "Ignoramus", pouvez-vous nous le présenter pour ceux qui seraient passé à côté ?
"Ignoramus" comporte 10 morceaux, plus un "caché", pour une durée totale de 40:16. L'album peut être pour certains un 'concept album', étant donné que tous les morceaux sont liés et suivent un ordre pensé, mais ça s'arrête là, ça n'a pas de sens pour moi de simplement compiler des morceaux et d'appeler ça un album, donc c'était un processus assez naturel que de trouver une cohérence intrinsèque.

L'album ne raconte pas une histoire au sens propre du terme, mais il suit une thématique générale selon un déroulé logique. On a commencé à le composer en janvier 2015, et on a terminé d'affiner les détails en octobre 2017, ce qui représente une période assez étendue, mais on souhaitait y concentrer une vision noire et pessimiste du monde façonné par l’Homme, tout en essayant d'être réaliste et de permettre des moments d'espoir, et donc de repos pour l'auditeur.
Le sujet étant très vaste, les morceaux ont un propos et un angle qui varient beaucoup, donc on peut parler de l'environnement et de la considération humaine pour la nature comme de la sagesse des tribus autochtones et de l'absurdité de la conquête spatiale, de manière nihiliste ou réaliste.
Je pense que c'est un album intéressant pour des gens appréciant le prog, le math ou le metal alternatif, puisqu'il est assez varié dans les ambiances et les structures, et comporte des éléments plus inattendus, comme des samples ou des influences de musiques traditionnelles, indiennes et tribales notamment, tout en abordant un sujet désespérément actuel. Les chroniques, dont celle de La Légion Underground et pour certaines étrangères, s'accordent en tout cas sur ces points.

5/ Dans votre thématique revient souvent le rapport entre l’homme et l’environnement, vous soutenez d’ailleurs des associations. Qu’est-ce qui vous a amené à vous y intéresser ?
En effet, on soutient Sea Shepherd, qui se battent pour la sauvegarde des océans et donc des formes de vie s'y trouvant, et Survival International, une ONG qui lutte pour la protection des peuples et des cultures autochtones, sujet que l'on aborde notamment dans le morceau "Between Andaman And Bengal Sea".
Je pense qu'on s'y est intéressés d'une manière assez logique, étant donné que c'est un sujet qui est devenu pour beaucoup et à juste titre la priorité absolue du siècle dans lequel nous vivons. Malgré le fait qu'on soit contre toutes les autres formes d'oppression et de discrimination, le succès de la lutte pour un changement profond dans nos systèmes de pensée ou de production et donc pour notre survie et celles des autres formes de vie sur Terre est la seule chose qui donnera de l'utilité sur le long terme aux autres combats que l'humanité a à mener. C'est donc essentiel pour nous de défendre ces idées, encore plus quand on ne voit aucun sens à créer artistiquement en n’ayant rien à dire, et on espère faire évoluer les choses à notre échelle, en provoquant au pire une réflexion, au mieux une réelle prise de conscience chez ceux qui nous écoutent.

6/ Comment se déroule la composition au sein du groupe ? Où avez-vous fait l’enregistrement de votre album ? Pensez-vous qu’avoir gagné le prix du jury au TREMA vous a donné un coup de pouce ?
Tout le monde est impliqué dans le processus de composition, même si je suis très souvent celui qui crée la base des morceaux, c'est-à-dire le thème et la structure, ainsi que les lignes de guitare, et parfois certaines parties de batterie. Ensuite, j'envoie ça aux autres, qui me donnent leur avis sur certains détails structurels et composent leurs parties. On met ça en place tous ensemble quand on répète, et j'écris les paroles à partir de mots et de phrases survenus pendant la composition, en les développant le plus possible et ajoutant d'autre choses. Tous les éléments d'un morceau bougent beaucoup jusqu'à la version finale, surtout les paroles, sur lesquelles je reviens très souvent, pour un mot ou deux généralement.

On a enregistré "Ignoramus" de manière assez éclatée dans le temps et l'espace : les batteries ont été faites sur la première semaine de novembre 2017 aux Studios Tostaky, puis la basse et les guitares sur les trois autres semaines chez Édouard, et le chant chez moi et jusqu'au mixage, en janvier 2018.
Étant adeptes du DIY, on a tout fait nous-mêmes, que ce soit l'enregistrement, le mixage, le graphisme… On a juste délégué le mastering à Benoît Courribet (Cylens Mastering), qui a fait un travail formidable sur le mix de base.
On a été assez aidés par notre victoire au TREMA, puisqu'on a pu recevoir des conseils du jury (composé notamment des frères Potvin de One-Way Mirror et du Dôme Studio), mais également être accompagnés sur toute une journée par Enguerran Wimez (Dalès), avec qui on a revu en détail tous les morceaux de l'album, et qui nous a donné des pistes d'amélioration et du matériel pour l'enregistrement d’"Ignoramus".

7/ Maintenant qu’"Ignoramus" est sorti quelle est votre actualité et quels sont vos projets ?
Comme dit plus haut on est plus ou moins en stand-by depuis le départ d'Édouard et de Thibaud, même si on continue à composer et à être actifs dans d'autres projets, mais on compte bien reprendre les concerts d'ici la fin de l'année, faire la tournée qu'on a pas pu vivre à cause de tout ça, et enregistrer notre deuxième album d'ici la fin de l'année 2019, qui sera bien différent du premier et selon nous bien meilleur !


8/ Merci à vous pour cette interview, je vous laisse le soin de conclure…
Et bien merci à toi Vanessa pour l'intérêt que tu portes à notre travail, et merci à ceux qui nous suivent, en écoute comme en concert ! Et, si vous voulez exaucer nos souhaits, dépassez notre musique et intéressez vous à la cause animale et environnementale, pour comprendre pourquoi c'est si important pour nous.

https://www.facebook.com/KrodhaMusic/

© 2015 by Vanessa of La Légion Underground. Proudly created with Wix.com

Toute reproduction du contenu de ce site (publications, logo) est interdite.

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now