Par Vanessa

1/ Bonjour, alors on va commencer par une présentation du groupe ? D’où vient le nom de Lugh ?

Lambert : Bonjour ! Le nom du groupe a été le fruit de plusieurs soirées de brainstorming. C'est pas facile de nos jour de trouver un nom de groupe convaincant qui ne soit pas déjà porté par une dizaine d'autres groupes à travers le monde ! A un moment, on s'est même dit qu'on allait finir par monter un groupe de punk débile parce qu'on avait énormément d'idées pourries qui s'y seraient prêtées à merveille ! On voulait quelque chose de sombre et poétique sans taper dans le nom à rallonge. On a fini par tomber sur Lugh : le roi des dieux dans la mythologie irlandaise qu'on a connu en Gaule sous le nom de Lug. C'est une divinité solaire qui a sa part d'ombre et qui a donnée son nom à Lugdunum. Or, comme le groupe s'est fondé à Lyon, ça faisait vraiment sens pour nous. Nous avons gardé l'orthographe irlandaise parce qu'elle nous plaisait plus d'un point de vue purement graphique.

 

2/ A travers votre album, "Les loges de la folie", on comprend avant même de l’écouter que vous avez choisi comme thème la démence. Pourquoi ? Avez-vous d’autres thèmes de prédilection ?

Dès qu'on a commencé à écrire les premiers textes pour Lugh, on s'est aperçu que le thème de la folie revenait souvent. On avait même pensé nommer notre premier EP "The Fool". Finalement, il a été baptisé "Absent Minded" mais on a voulu continuer à creuser dans cette direction pour notre premier véritable album. Chez Lugh, on aime bien composer des morceaux qui ne se ressemblent pas. On tenait donc à trouver un thème commun entre les morceaux pour garder tout de même une cohérence d'un point de vue narratif. Quand j'écoute ou que je joue du metal, je recherche une sorte d'énergie sombre dans laquelle je me plonge pour me défouler ou essayer d'aller puiser des émotions. La folie est un thème très riche qui permet à la fois de parler d'évasion et de rupture avec la norme. C'est une façon de plonger dans le rêve et l'onirisme mais aussi dans le cauchemar le plus absolu et dans la douleur mentale, psychologique et physique.  On retrouve tous ces aspects là dans l'album, et d'autres encore. La folie qui nous libère de nos carcans mais qui nous déchire de l'intérieur. Nous avons d'autres thèmes de prédilections qui sont le rêve, l'évasion, l'angoisse, la mort, la destruction, les contes et la mythologie... On compte d'ailleurs partir sur un tout autre concept pour le prochain album.

 

3/ Quelles sont vos influences ?

Nos influences sont extrêmement diverses. C'est Cyril, le batteur, qui est à l'origine du groupe. En tant que très grand fan de Sentenced, il voulait monter quelque chose d'un peu goth/heavy/death mélodique influencé par la scène scandinave. Et puis, chacun a déboulé là-dedans en y apportant ses propres influences pour créer des morceaux assez différents les uns des autres. L'idée c'est de proposer une musique ni trop molle, ni trop extrême, dans laquelle on va essayer de chercher l'émotion. A la base, on voulait faire quelque chose d'assez simple mais on très vite commencé à complexifier nos morceaux. Avec l'arrivée de Chris et ses soli de barge en 2012, ça n'a pas simplifié les choses !!!

 

4/ Alors on va donc parler de votre album, sorti en septembre. Quel en a été le processus de composition ?

On compose beaucoup sur ordinateur (ce qui n'est pas forcement une très bonne chose). Pour "Les Loges de la Folie", c'est essentiellement Manon et moi qui avons composé. On essaye de composer des morceaux originaux qui nous plaisent bien et qui ne ressemblent pas trop à ceux qu'on a déjà fait avant, puis on les envoie aux autres pour qu'ils puissent y ajouter leurs idées. Parfois, on ne retouche pas grand chose : les guitaristes retouchent les soli ou proposent quelques variations sur leurs parties et puis, après, on peaufine tout ça en répétition avec la batterie et le chant qui se greffe dessus à la fin. Mais des fois, les morceaux peuvent tourner pendant des mois d'un membre à l'autre jusqu'à ce qu'on arrive à trouver une sorte de consensus au bout de la vingt-troisième version du morceau ! Ça a notamment été le cas sur les quatre morceaux qui forment le milieu de l'album : "Blackout", "Inner Dream", "Reeds" et "Dressed in White". Mais le morceau qui s'est écrit de façon la plus collective reste "Insomnie" qui clôture l'album. 

L'introduction avait été composée par Gabriel, un de nos anciens guitaristes. Notre batteur Cyril voulait qu'on s'en serve de base pour écrire la suite narrative du morceau "The Other One" qui figurait dans l'EP "Absent Minded". Dans le premier morceau, on parlait d'un mec poursuivit par des voix cauchemardesques. A la fin, il finissait par se crever les yeux et se percer les tympans pour essayer de leur échapper. L'idée était de retrouver le personnage un peu plus tard enfermé dans un hôpital psychiatrique. On a eu beaucoup de mal à avancer sur la composition de ce morceau. On avait une longue et belle introduction mais on a longtemps bloqué sur la suite. Finalement, on a un peu lâché nos ordinateurs et on a essayé de trouver des idées en répétition.

Seb et Cyril ont pu proposer pas mal d'idées et, à partir de là, ça nous a complètement  débloqués et j'ai pu terminer la composition chez moi. J'ai même pu glisser dedans un riff inventé par Guillaume. Finalement, à partir des idées de Cyril et d'une première ébauche faite par Manon, j'ai pu écrire une version française du texte qu'on a traduit ensuite en anglais avec l'aide de Maud Hernequet qui nous a filé un coup de main à l'époque.

Bref, la composition chez Lugh, c'est parfois simple, parfois très compliqué ! Mais, au final, je trouve que ce "Insomnie" est clairement le meilleur morceau qu'on ai jamais composé jusqu'ici. Ça valait le coup de se donner du mal dessus !

 

5/ Comment s’est déroulé l’enregistrement ?

L'enregistrement s'est déroulé chez Steeven Segarra, le guitariste de Wedingoth. On avait déjà travaillé avec Steeven par le passé et il nous a dit qu'il serait vraiment intéressé de faire cet album. Comme il a d'autres obligations professionnelles à côté et qu'on avait, nous aussi, des disponibilités un peu compliquées, on a fait ça sur plusieurs sessions. Comme la composition et la mise en place des morceaux nous a pris beaucoup de temps et qu'on voulait quand même sortir ce CD avant 2020, nous n'avons pas pris le temps d'enregistrer une maquette. Du coup, Cyril a dû enregistrer ses parties de batterie en se basant sur des pistes de guitare synthétiques à peu près à jour... On a ensuite enregistré la basse, puis les guitares rythmiques et le chant. On a terminé par les soli de guitare et les arrangements acoustiques. Steeven a ensuite fait plusieurs grosses sessions de mixage avec toujours au moins un de nous à ses côtés pour donner son avis. Au final, on a envoyé tout ça à Benoît Couribet pour le mastering. Steeven avait déjà travaillé avec lui pour le dernier Wedingoth et il nous a conseillé de faire appel à ses services pour notre album.

 

6/ "Les loges de la folie" se découpe en séquences, pourriez-vous les détailler ?

C'est un découpage qui s'est imposé de façon un peu arbitraire mais qui fonctionne très bien au final ! On a une longue ouverture avec l'introduction et le morceau quasi-éponyme "L’Éloge de la Folie" qui pose le décor de l'album en nous invitant à plonger dans la folie. On a ensuite la séquence du réfectoire qui introduit "A Matter of Point of View". C'est une partie importante de l'album dans laquelle on pose la question de la place du fou dans une société malade. Qui faut-il soigner en priorité ? On bascule ensuite dans une dimension plus intimiste et onirique avec la séquence du dortoir suivie par "Blackout", "Inner Dream" et "Reeds". On continue avec le thème du déchirement que provoque la maladie entre le malade et ses proches avec "La lettre" et "Dressed in White". On termine notre voyage de façon assez sombre et morbide avec "L'infirmerie" dans laquelle on voit un vieux fou qui attend la mort pour rejoindre celle qu'il aime sur "Danse Funèbre". Pour finir, on retrouve notre schizophrène de "The Other One" qui se montre vaincu par la voix qui le terrorise et qui finit par se suicider.

 

7/ On voit sur le livret que vous avez quelques guests…

On a intégré beaucoup de passages narratifs dans l'album, notamment à travers les fameuses "séquences". On avait envie de faire appel à des personnes extérieures pour donner plus de vie à ses différents personnages. Ainsi, sur "Blackout", la voix menaçante de l'adulte est interprétée par mon ami comédien Yazan Al-Mashni et la voix de l'enfant par Pierrick, le fils de notre guitariste. Mon ami philosophe et essayiste Hugues Lethierry a, quant à lui, donné sa voix au vieux fou de l'Infirmerie.

 

8/ Avec le recul, si vous deviez faire l’auto-critique des "Loges de la folie", que diriez-vous ?

On a passé tellement de temps à travailler sur cet album où j'en était arrivé à un stade où je ne savais plus dire s'il était bien ou pas. On avait vraiment besoin de pouvoir le faire écouter à des oreilles neuves pour pouvoir avoir un réel avis dessus. On s'intéresse beaucoup aux chroniques qui paraissent sur cet album et à tous les commentaires qu'on peut recevoir dessus. J'en profite donc pour vous remercier chaleureusement de l'attention que vous avez porté à notre travail et pour la chronique fouillée que vous avez publiée dessus. Dans l'ensemble, l'album reçoit plutôt un bon accueil. Il a des défauts de productions inhérents à un premier album auto-produit avec les moyens du bord. C'est vrai qu'on atteint un tel niveau dans les productions actuelles qu'il est difficile de faire jeu égal avec les autres. Le défaut le plus évident est, pour moi, mon accent sur les morceaux en anglais. J'ai beau essayer de travailler dessus, c'est toujours aussi mauvais ! Par contre, ce qui nous fait vraiment plaisir, et qui est le plus important à nos yeux, c'est que, dans l'ensemble, on nous dit beaucoup que notre album est original. Les gens apprécient le travail poétique qui a été fait sur les textes en français et ça me touche énormément ! A l'avenir, mon souhait serait de réussir à garder intacte cette originalité et cette spontanéité qui fait notre force, tout en allant puiser encore plus loin dans le registre de l'émotion. Et puis, bien sûr, peaufiner le travail sur le son et l'écriture pour avoir une production qui n'a pas à rougir à côté des autres groupes.

 

9/ Maintenant qu’il est sorti, quelle est votre actualité. Vous avez déjà fait quelques dates, en avez-vous d’autres de prévu ? Des projets ?

La sortie de l'album a malheureusement été marquée par le départ de nos deux guitaristes : Sébastien et Guillaume. Heureusement, il se sont arrangés pour que ce départ se passe le mieux possible et ils nous ont laissé assez de temps pour trouver deux remplaçants de qualité avec Amaury et Anthony. Ils connaissent déjà presque tous les morceaux de l'album et on a déjà pu faire un premier concert avec eux. On va maintenant essayer de jouer un maximum dans la région et un peu partout en France pour qu'ils puissent trouver leur place sur scène et pour qu'on puisse ainsi peaufiner notre show au maximum. La dimension théâtrale qui sous-tend l'album prend une toute autre ampleur quand on joue les morceaux sur scène. Le public apprécie vraiment cette dimension de nos shows et on aimerait vraiment creuser ça pour continuer à se démarquer le mieux possible. Pour rester informé, je vous conseille de venir régulièrement jeter un œil sur notre page Facebook.

 

10/ Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre et vous laisse conclure…

Merci beaucoup à vous pour cette interview ! Ça nous touche toujours beaucoup de voir qu'on s'intéresse à notre musique et on est toujours très heureux de pouvoir prendre le temps d'en discuter. Je salue au passage les curieuses et les curieux qui prendront le temps de lire ces lignes. Si ce n'est pas déjà fait, allez jeter une oreille sur notre bandcamp (https://lugh.bandcamp.com) et, surtout, passez nous voir en concert à l'occasion. Si on n'a pas de concert prévu vers chez vous, faites-nous jouer dans votre salon !!! Restez curieux et que la Folie vous garde mes amis !

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